FOCUS – FOFO / Billy Kametz

J’ai récemment changé d’environnement. J’ai un petit appartement, un niveau d’indépendance totalement inédit. Je suis seul la majorité des soirs. Ce qui devait arriver arriva, ma hantise s’est matérialisée. Je me suis retrouvé seul avec mes pensées, à tel point que j’ai commencé à réfléchir.

L’état des lieux émotionnel a été rapide : je suis très fatigué et un peu triste. La fatigue ? Facile. Je passe trop de temps sur les écrans et je me met trop de pression pour un blog qui n’est à la base qu’un exutoire pour mes pensées et mes passions. Remède ? Une pause du blog, moins de jeux vidéos et je me couche plus tôt. Les progrès sont en cours sur ce point. La tristesse ? Plus compliqué.

En l’espace de quelques jours, il y a eu deux événements qui m’ont donné des éléments de réponse, et je pense que FOCUS est une catégorie suffisamment expérimentale pour pouvoir me laisser aller à une réflexion. Dans un premier temps, je parlerai du nouveau contenu de mon artiste préféré. Ensuite, j’évoquerai la mort soudaine d’un acteur vocal que j’appréciais beaucoup.

Bo Burnham – The Inside Outtakes

En 2021, Bo Burnham a sorti INSIDE, son premier « spectacle » en plus de 5 ans. Filmé entièrement par lui-même, on y voit sa descente aux enfers progressive pendant la première année de la pandémie, sur fond d’humour cynique.

Il y parle notamment de la difficulté de continuer le métier de comédien en étant enfermé chez soi. Il n’y a personne pour rire, donc on a beaucoup plus de mal à juger la qualité de son travail. Plein d’autres thèmes sont abordés, comme la tentation de se laisser-aller hygiéniquement vu que personne ne nous voit, les relations sexuelles à distance, les pensées qui tournent en boucle dans la tête avec personne d’autre que nous pour les écouter. INSIDE est une œuvre qui est, à l’image de la période qui l’a fait naître, semblable à nulle autre. Je vous recommande vivement de regarder. C’est disponible sur Netflix.

L’autre pilier de INSIDE est le fait qu’une immense majorité d’entre nous s’est réfugiée sur Internet, pour le meilleur comme pour le pire. Le côté anxiogène du flot constant d’informations des réseaux sociaux est aggravé. Internet c’est, comme le dit si bien l’une des meilleures chansons d’INSIDE, « tout, tout le temps », le meilleur comme le pire. On passe d’une catastrophe atroce à la vidéo d’un chat en costume, à un tuto sur la meilleure façon de cuire ses pâtes, puis à un acte terroriste, tout ça en l’espace de quelques secondes. On rafraichit et tout disparait, pour laisser place à une nouvelle vague. Au milieu de tout ça, les gens discutent, se disputent, tentent de se construire une audience. Tout, partout, tout le temps. Cette bulle, ce rythme effréné, ces disputes constantes, quand est-ce que ça va s’arrêter ? Est-ce que ça va arrêter ? Est-ce que ça va empirer ?

Pour échapper à la solitude et à la spirale infernale d’Internet, vous me direz qu’il suffit d’aller dehors. Mais est-ce qu’on avait vraiment envie d’aller dehors en mars 2020 ?

INSIDE met l’accent sur le fait que la pandémie nous a forcé à être seuls avec nous-mêmes, à faire face à des vérités que la routine quotidienne ne nous laissait pas forcément le temps d’admettre. C’est une véritable pépite que je vous recommande vivement.

Pour les 1 an de INSIDE, Bo Burnham a sorti un peu plus d’une heure de scènes coupées. Ce montage est intitulé The INSIDE Outtakes, littéralement « les scènes coupées de INSIDE ». On y voit de nouvelles chansons, de nouvelles blagues ainsi qu’un aperçu intéressant sur la manière dont tout a été mis en place pour atteindre le produit final. C’est également un excellent rappel que cette pandémie n’est pas terminée pour une immense majorité du monde, et que ses effets sont encore bien visibles. Anxiété, agoraphobie, le rapport à l’extérieur a changé pour beaucoup de gens. Le quotidien a quant à lui repris, et le rythme d’Internet est de pire en pire.

En anglais, il y a un terme qui désigne la peur de manquer un événement, que ce soit en vrai ou sur les réseaux sociaux. On parle de FOMO, Fear of Missing Out, littéralement la peur de manquer quelque chose. Pendant la pandémie, cette FOMO se matérialisait surtout par l’envie de connaitre l’évolution de la situation sanitaire. Chaque jour, des morts et des malades. Il est vrai que cette tristesse auto-infligée par le biais de son téléphone ne date pas d’hier. Les informations mondiales sont la plupart du temps déprimantes, et ce depuis de très nombreuses années. J’imagine par contre que le fait d’y être confronté non-stop a accentué le phénomène.

Personnellement, cette période a transformé mon rapport aux réseaux sociaux. J’ai toujours eu conscience des événements tristes auxquels j’étais constamment exposé, mais je pense avoir atteint ma limite. Ou alors, j’ai peur de bientôt l’atteindre. Je me dis qu’en me focalisant davantage sur ce qui se passe dans ma tête plutôt que sur ce qui se passe dans le monde, en sachant que j’ai quand même une idée claire de l’ambiance déprimante, peut-être que je serai mieux armé pour m’exprimer une fois que j’en retrouverai la force. Ou peut-être que je me cherche juste une excuse pour vivre ma vie loin de tout ça. En bref, j’ai développé une FOFO, une Fear of Finding Out, une peur de découvrir quelque chose de traumatisant en me connectant, donc je me renseigne, je réfléchis, mais je me connecte moins.

Billy Kametz (1987-2022)

Il y a 3 jours, la mort de Billy Kametz des suites d’un cancer du colon a été annoncée, et je ne crois pas avoir déjà été aussi touché émotionnellement par la mort de quelqu’un que je ne connaissais pas. C’était un gars talentueux et au vu de la vive émotion causée par son décès injuste, un gars bien.

Billy Kametz est un acteur vocal qui joue notamment Josuke dans Jojo’s Bizarre Adventure. Personnellement, j’ai découvert son travail dans le jeu Fire Emblem : Three Houses. Il y joue le très fier Ferdinand Von Aegir. J’ai également pu profiter de ses talents en regardant l’anime Pokémon et dans le jeu Pokémon Masters Ex dans lequel il joue Blue. Son rôle qui m’a le plus marqué est Takuto Maruki dans Persona 5 Royal. Si vous ne le connaissiez pas, je vous invite à vous renseigner sur ses performances et sur l’impact qu’il a eu sur beaucoup de gens.

J’étais déjà en train d’écrire cet article au moment de l’annonce, donc je réfléchissais déjà à mon rapport avec la tristesse. La tristesse que j’ai ressenti à l’annonce de sa mort a été accentuée par le fait que je me trouvais sur les réseaux sociaux à la minute même où ça a eu lieu. J’ai lu quelques réactions, puis je me suis déconnecté pour souffler.

Seulement, la tristesse que j’ai ressenti à ce moment-là m’a paru différente de celle que je mentionne plus haut. J’ai donc décidé de la laisser entrer, de ressentir tout ce que j’avais besoin de ressentir, puis d’aller dormir. J’ai pris le temps d’être triste et le lendemain, je me sentais un peu mieux. J’étais encore triste, mais j’avais pris le temps d’exprimer cette émotion, de reconnaitre sa présence et de réfléchir.

Je pense que le flot constant d’information des réseaux sociaux ne nous laisse pas le temps d’être triste. On a à peine le temps de comprendre un événement triste qu’un autre apparait déjà sur notre écran. À terme, la bulle est destinée à éclater. Je ne pense pas que l’être humain soit fait pour ingurgiter une telle quantité d’information.

Repose en paix, champion

J’imagine que la morale de cet article est qu’il est important de profiter de ceux qu’on aime, et qu’il n’y a aucun problème à vouloir prendre du recul pour s’occuper de soi. C’est un monde épuisant. Que vous souhaitiez simplement partager votre passion, ou si vous avez en vous la force de vous battre pour vos idées, personne ne vous en voudra si vous faites une pause. Ce n’est pas un raisonnement parfait mais ça m’a l’air d’un début de réponse à mes questionnements sur la légitimité de la tristesse.

Il y aura moins d’articles que prévu cet été. Je vais réessayer les courts avis vidéo que j’avais tenté il y a 2 ans. Pas de programme, pas de pression. Je vais prendre mon temps et faire ça bien. Cet article est terminé. Si vous l’avez lu en entier, merci. Prenez soin de vous et à la prochaine 🙂


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