FOCUS – Goodbye, again.

J’ai conscience qu’en écrivant cet article, je donne raison à ce livre. Vous comprendrez à la fin de votre lecture. Bref. Je sais que la catégorie FOCUS est censée être terminée. En 2020, j’ai dit « au revoir » aux quelques personnes qui ont lu ces articles si personnels, ces essais qui m’ont permis d’évacuer certains sentiments et certaines pensées à des moments où j’estimais en avoir besoin. Aujourd’hui, j’écris cet article pour dire au revoir, à nouveau. Nous sommes le 22 février 2022, c’est mon anniversaire. J’ai 25 ans, il me reste un peu plus d’une semaine avant d’en avoir fini pour de bon avec les cours, je m’apprête à quitter le domicile familial. Pendant ma semaine de vacances, j’ai enfin pris le temps de lire Goodbye, again.

J’ai déjà présenté Jonny Sun dans le FOCUS précédent, que vous pouvez retrouver ici. Goodbye, again est son livre le plus récent. Il s’agit d’une collection de réflexions plus ou moins courtes sur divers sujets. Certains sujets abordés m’ont paru extrêmement pertinents au vu de ma situation actuelle. J’ai pu faire un état des lieux de mes pensées en lisant ces pages, à tel point que je me suis dit que j’allais évoquer certains de ces sujets dans cet article. Bienvenue dans le nouveau dernier épisode de la série FOCUS, je vous souhaite une bonne lecture.

Je m’apprête à organiser ma première fête d’anniversaire

Je m’en suis rendu compte au moment où j’ai envoyé l’invitation et je me suis posé des questions. Est-ce que c’est « normal » de ne jamais avoir organisé sa propre fête d’anniversaire à 25 ans ? Est-ce que c’est trop tard ? Est-ce que c’est un concept dépassé ? Est-ce que j’organise cette rencontre parce que je m’apprête à m’éloigner du seul endroit où j’ai enfin réussi à me faire des amis et que je suis effrayé par le fait de ne plus revoir la plupart d’entre eux pendant un moment ? Qui sait.

Goodbye, again a une section intitulée : « Trois concepts pour une fête d’anniversaire. » Je dois avouer que la coïncidence m’a beaucoup fait rire.

Le premier concept consiste à diviser la pression et l’anxiété de la « grosse fête » par le nombre d’invités que l’on envisage, puis d’inviter chacun de ces invités individuellement à boire un verre ou voir un film tout au long de l’année, afin que chaque moment passé avec un ami soit en quelque sorte une petite célébration. On en revient à la question éternelle de l’importance des dates. Est-ce que l’on se force à célébrer à une date ou est-ce que l’on célèbre plus spontanément, au moment où l’on ressent l’envie de célébrer ? Mais bon, je sais bien que ce débat s’applique beaucoup plus à la Saint-Valentin qu’à un anniversaire, pour lequel la date a beaucoup plus d’importance.

Le deuxième concept correspond davantage à mon état d’esprit. Il consiste simplement à inviter toutes les personnes avec qui on a envie de célébrer son existence, et à essayer pour une fois d’en profiter, sans penser au fait que les personnes invitées sont probablement plus amies entre elles qu’elles ne le sont individuellement avec nous, sans penser au fait que plusieurs groupes d’amis liés aux différents endroits fréquentés vont être réunis au même endroit, et que chacune de ces personnes vient célébrer l’anniversaire de la personne qu’ils voient dans ces endroits. J’ai longtemps eu le très mauvais réflexe d’adapter ma façon d’être en imaginant la personne à laquelle mon interlocuteur avait envie de parler. Et si j’avais encore ce souci ? Et si ces personnes qui ne se connaissent pas se rendaient compte qu’il ne viennent pas fêter l’anniversaire de la même personne ? Et si la réponse était simplement que toutes ces questions m’empêchent d’être véritablement ami avec quelqu’un car je peine à me fixer sur la version réelle de moi même, de peur qu’elle ne plaise pas, alors que le fait de se cacher ne fait que retarder l’échéance, car la vraie version de notre personnalité finit toujours par prendre le dessus une fois que l’on laisse entrer l’autre dans notre vie ?

J’ai toujours eu du mal à me sentir bien le jour de mon anniversaire, car je peinais à trouver une raison faisant que mon existence vaille la peine d’être célébrée. « Arrête de te prendre la tête et profite. » C’est ce qu’une certaine personne qui lira cet article me dira certainement, alors cette année, j’essaie. Je me connais, je sais qui je suis, et les gens qui viennent le savent aussi. Je ne me cache plus, et ça fait du bien ? C’est agréable ? Oui, j’imagine qu’on peut dire ça comme ça. En écrivant ces lignes, je me rends compte que j’en ai peut-être enfin fini avec le troisième concept, qui consiste à ne pas fêter son anniversaire, car on n’a pas véritablement cerné la personne dont on est censé célébrer l’existence.

Le paradoxe du repos productif

J’ai un gros point commun avec mon auteur préféré. Essayant moi-même d’être écrivain, on pourrait penser que c’est une bonne chose, mais pas forcément. Je suis incapable de me reposer en « ne faisant rien. »

J’ai eu énormément de mal à remplir mon temps libre avec des activités qui définiraient qui je suis. Je les ai maintenant trouvées et j’en suis assez fier. Seulement, quand l’université (et bientôt le travail) prennent le dessus, je n’y consacre plus autant de temps qu’avant, si bien que lorsque j’ai véritablement du temps libre, mon premier réflexe est de retourner à ces activités qui me définissent. Mon cerveau considère ça comme du repos, vu qu’en soi, je me détends. Mon corps pense autrement. Il y a quelques semaines, j’ai été très malade. Je vous laisserai deviner la raison mais j’ai été hors-jeu pendant plus d’une semaine, cloué chez moi sans la possibilité d’aller en cours. Mon vieux réflexe s’est vite réveillé. Un nouvel article ? J’avance sur la trame de mon livre ? Au final, j’étais tellement faible que je pouvais à peine tenir une manette dans ma main. Je n’ai pas eu le choix, je me suis reposé.

Et bien, je me suis senti coupable, coupable de ne pas mettre à profit ce temps libre fraichement gagné. J’avais l’impression de ne rien faire, alors qu’en soi, je faisais quelque chose, je me reposais. Pourtant, j’avais cette sensation de ne pas mettre le temps à contribution. Cette incapacité à trouver le repos en dehors d’une certaine productivité est un thème récurrent de Goodbye, again. La raison derrière cette tendance peut varier, Pour moi, je pense qu’une peur de me retrouver seul avec mes pensées s’est installée. Si je suis occupé, je ne pense pas à certaines choses qui m’inquiètent, mais encore une fois, j’ai conscience qu’éloigner les problèmes ne fait que retarder l’échéance. On doit les régler un jour ou l’autre.

Pour en revenir à cette productivité, je donne raison au livre en écrivant cet article. Maintenant, vous comprenez. À la base, j’ai voulu me remettre à lire pour détendre mes yeux en fin de journée et avoir moins de mal à m’endormir. Ça fonctionne, mais je compense en écrivant cet article qui m’aide tout autant à remettre de l’ordre dans mes idées. C’est paradoxal. Le temps libre et le temps de repos sont deux notions différentes. Avoir le temps de profiter des ces deux types de temps est un privilège que très peu de personnes ont, d’où le mélange. En tout cas, avoir conscience de cette différence peut paraître banal, normal. Pour beaucoup, ça ne l’est pas. Goodbye, again m’a fait prendre conscience de mon rapport malsain avec la productivité, même si la réponse pouvait se lire depuis le début sur mes kilomètres de cernes.

Plus j’y pense, plus je me dis que ce problème est aussi une des raisons qui fait que mon premier projet littéraire n’a toujours pas porté ses fruits et ne risque pas d’en porter avant un moment. L’idée d’avoir ce projet constant m’apportait un certain confort. D’un côté, j’ai pris mon temps pour élaborer quelque chose de fascinant. De l’autre, j’ai fait en sorte que ça n’avance pas véritablement pour pouvoir travailler dessus continuellement, laissant d’autres idées toutes aussi intrigantes au placard. Au fond, ce n’est pas le concept de travail qui m’apporte la sensation d’accomplissement, mais bel et bien le résultat de ma créativité, et ce résultat ne sera visible que si je m’y mets. Je compte bien m’y mettre, une fois que j’aurai fait le deuil de mon ancienne routine.

Les vrais le liront avec la bonne voix

Maison et deuil

En 2021, je suis retourné voir un ami qui habite une ville où j’ai habité pendant un an. Pendant un an, cette ville, c’était « la maison ». J’avais une heure de rendez-vous, mais je suis venu plus tôt, parce que j’ai voulu repasser par MON quartier, pour voir comment il se développait sans moi. Ça va peut-être vous surprendre, mais la Terre continue parfaitement de tourner sans notre contribution. Il y a une certaine forme d’égoïsme dans ce sentiment, dans le fait que je me suis demandé comment ce quartier continuait de vivre maintenant que JE n’y étais plus. Cette maison n’en est plus une. Désormais, je suis un visiteur.

En quittant le domicile familial, je vais aussi devenir un visiteur. C’est la fin d’une routine, de toute une partie de ma vie, et le début d’une nouvelle. Goodbye, again a une superbe section sur le deuil. Le deuil ne s’applique pas uniquement aux personnes mortes. On peut faire le deuil du changement, d’une maison, d’une routine, d’une relation. On peut faire le deuil de ses propres changements, en célébrant par exemple une dernière fois la personne que l’on a été, la routine que l’on a maîtrisé, avant de laisser tout ça de côté.

J’ai particulièrement aimé une réflexion très courte vers la fin de Goodbye, again, intitulée « Pièces ». En voici la traduction.

Plus vous grandissez en tant que personne, plus vous avez de maisons trouvées, construites et partagées. Chaque retour dans une maison précédemment quittée devient une réalisation sur le fait qu’elle prend une place de plus en plus petite parmi toutes les maisons que vous connaissez désormais. Il n’y a donc rien de plus normal que de se sentir tiraillé, comme si vous étiez taillé en pièces.

On est taillé en pièces, certes, mais chacun de ces endroits fait partie de nous, peu importe la place qu’il occupe à présent, peu importe qu’on ait une raison d’y retourner ou non. Le deuil est une façon d’exprimer des émotions après échéance. C’est le signe que des sentiments perdurent. L’avantage dans le deuil d’une maison, c’est que ce changement fait simplement de nous un visiteur et l’avantage d’être un visiteur est que si l’envie nous prend, on peut tout simplement visiter.

Conclusion : avis général sur le livre

Je pense que ce que vous venez de lire le montre, mais je le précise au cas où : j’ai adoré ce livre. Il s’inscrit parfaitement dans les travaux de Jonny Sun. On peut y revenir quand on veut, feuilleter quelques pages et y trouver une certaine forme de réconfort. Jonny Sun l’a parfaitement résumé dans son TED Talk : « on n’est pas seul dans sa solitude. » On peut avoir l’impression qu’on est les seuls à avoir certains petits défauts ou certains tracas. Ce livre est là pour nous rappeler que ce n’est pas le cas. D’une certaine manière, c’est réconfortant, d’autant qu’il n’y a pas que des sujets stressants dans Goodbye, again. Il y a de l’humour, de la mélancolie et énormément de nostalgie.

Ce n’est pas une lecture très simple, tant le rythme change d’une réflexion à l’autre à l’image des notes dans notre téléphone. Même avec mon bon niveau d’anglais, cette lecture a demandé un grand degré de concentration. FOCUS me paraissait être le format adapté pour parler de ce livre, en mettant les réflexions de Jonny Sun en parallèle avec les miennes. J’espère avoir réussi à vous donner un petit aperçu de ce qui me fait tant apprécier l’écriture de cet auteur.

Je ne vous dis pas « à la prochaine » mais « au revoir, encore. » Comme ça, pas de promesses, mais un rappel que ce n’est pas la première fois que l’on se dit au revoir, ce qui d’une certaine manière est plutôt rassurant.


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